FAMILLE


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L’ÉTYMOLOGIE et les avatars sémantiques du mot «famille» témoignent eux-mêmes de la variabilité historique de l’institution qu’il peut désigner. Là où il apparaît, à Rome, il ne correspond pas à ce que nous appelons aujourd’hui de ce nom, c’est-à-dire au groupe exclusif de ceux qui sont unis par la parenté. Le mot familia , qui vient de famulus , serviteur, semble avoir désigné, selon A. Ernout et A. Meillet (Dictionnaire étymologique de la langue latine ), «l’ensemble des esclaves et des serviteurs vivant sous un même toit, par opposition à la gens [...]; puis la maison tout entière, maître, d’une part, et femme, enfants et serviteurs vivant sous sa domination [...]. Après la mort du pater familias , le mot familia désigne le groupe de ceux qui étaient autrefois sous sa puissance et qui en sont sortis par son décès (agnati , agnatio ) [...]. Par extension de sens, familia est arrivé à désigner les agnati et les cognati et à devenir le synonyme de gens , tout au moins dans la langue courante, mais non dans la langue du droit.»

Le monde indo-européen a d’ailleurs connu longtemps, par exemple jusqu’au XIXe siècle en Serbie (peut-être plus tard encore et bien ailleurs que chez les seuls Slaves du Sud, cf. ci-après LES COMMUNAUTÉS FAMILIALES), la structure dite de la «grande famille», qu’Émile Benveniste définit comme ayant à sa tête «un ancêtre autour duquel se groupent tous les descendants mâles et leurs familles restreintes» et comme fournissant le cadre où tous les fils continueront à vivre avec leurs femmes, venues d’ailleurs, et leurs enfants. Cette structure a même eu sur le vocabulaire indo-européen des conséquences telles que les termes de parenté intéressant le«côté» de la femme y sont, selon Benveniste, «peu nombreux, incertains et de forme souvent flottante». La femme, en effet, nouvelle venue dans la «grande famille», contracte, avec son entourage d’épouse, des relations distinctes qui appellent des expressions appropriées, tandis que, «pour l’homme, il n’y a aucune nécessité à distinguer par des termes spécifiques les parents de sa femme, avec lesquels il ne cohabite pas: il se contente, pour les caractériser, du terme général apparenté , allié , qui leur convient indistinctement» (Le Vocabulaire des institutions indo -européennes ).

La différence structurelle entre cette «grande famille» et le groupe réduit qu’est la famille moderne peut donner à penser que seule celle-ci nous livre l’essence même de l’institution familiale. Ainsi en viendrait-on à supposer une frontière entre la «société naturelle» qu’est la famille la plus élémentaire et la société des échanges élargie peu à peu jusqu’aux dimensions de la cité, le passage de l’une à l’autre se faisant par des accroissements successifs selon le processus qui, aux yeux de Freud, caractérise la pulsion organisatrice d’Éros. C’est dans cette voie que s’engageait Aristote quand il faisait de l’oikos – la communauté du mari et de la femme, du maître et de l’esclave, constituée par le fait qu’ils partagent quotidiennement la même nourriture et le même culte – la fraction minimale de tout groupe humain et la forme première de l’organisation sociale. Benveniste montre justement que cette reconstruction aristotélicienne de la cité (polis ) et du village (kômè ) à partir de la cellule familiale (oikos ) est une thèse erronée: «Ce qui a existé dès l’abord, c’est la société, cette totalité, et non la famille, puis le clan, puis la cité. La société, dès l’origine , est fractionnée en unités qui s’englobent. Les familles sont nécessairement unies à l’intérieur d’une unité plus grande.» Mais cette loi qui fait que l’institution antique de la «grande famille» est toute pénétrée de la structure culturelle qu’elle doit à son insertion au sein de la société plus large des échanges vaut aussi pour la famille moderne, qui, à ce titre, mérite d’être considérée moins comme une forme plus simple et plus pure que comme «une contraction de l’institution familiale», ainsi que l’écrit Jacques Lacan dans son article de l’Encyclopédie française (1938): la famille moderne, en effet, «montre une structure profondément complexe, dont plus d’un point s’éclaire bien mieux par les institutions positivement connues de la famille ancienne» – et, peut-on ajouter, par les autres systèmes de communication d’une culture – «que par l’hypothèse d’une famille élémentaire, qu’on ne saisit nulle part».

D’autres structures familiales encore bien plus éloignées de notre modèle occidental actuel que l’oikos grec ou la familia romaine ont été révélées par l’étude comparée qu’en a poursuivie l’ethnologie contemporaine à travers de nombreuses sociétés humaines, en faisant de cet objet un de ses champs privilégiés et en quelque sorte nodaux et en adoptant, à ce propos, soit le point de vue (Radcliffe-Brown) de «ce qui se transmet» (la vie, mais aussi les biens, les noms, les droits, les devoirs – d’où l’importance donnée ici aux morts) soit celui de «ce qui s’échange» (les femmes).

De cette étude comparée, Claude Lévi-Strauss, qui y a pris une part décisive, dit, au début de son célèbre article sur la famille (1956), qu’elle «a suscité [entre les ethnologues] des discussions acharnées et qu’il en est résulté, pour la théorie ethnologique, un retournement spectaculaire» (version française de 1983, in Le Regard éloigné ). Une fois balayée l’hypothèse évolutionniste, qui faisait de l’institution monogamique l’aboutissement d’un progrès auquel eussent échappé jusque-là les organisations sociales «primitives», la conviction opposée – à savoir que «la famille, fondée sur l’union plus ou moins durable, mais socialement approuvée, de deux individus de sexes différents qui fondent un ménage, procréent et élèvent des enfants, apparaît comme un phénomène pratiquement universel, présent dans tous les types de société» – allait conduire l’ethnologie, derrière Lévi-Strauss, à esquisser, à travers l’étude des règles de la filiation et de la parenté, une théorie générale de la société conçue comme un vaste système de communication à l’intérieur duquel le registre de la parenté, «qui se perpétue par des échanges de femmes entre des groupes d’alliés», occuperait une place majeure à côté de celui des activités économiques, «où les biens et services s’échangent entre producteurs et consommateurs», et de celui du langage, «qui permet l’échange de messages entre des sujets parlants». La théorie ainsi dégagée considère, d’ailleurs, les lois qui régissent la constitution et la structure de la famille comme une sorte de langage, c’est-à-dire comme un système d’opérations permettant une forme déterminée de communication entre les individus et les groupes. Si ces lois sont souvent positives, par exemple celles qui obligent à prendre son conjoint dans tel ou tel groupe, la plus universelle s’exprime sous la forme apparemment négative d’un interdit, à savoir la prohibition de l’inceste. Mais Lévi-Strauss souligne que celle-ci est elle-même «la règle du don par excellence», car elle est «moins une règle qui interdit d’épouser mère, sœur ou fille qu’une règle qui oblige à donner mère, sœur et fille à autrui».

On retrouve dans un texte de saint Augustin, relevé à ce propos (P. Kaufmann, «Pour une position historique du problème de la pulsion de mort», in A. Verdiglione dir., Matière et pulsion de mort , 1975), un semblable changement de signe de la prohibition de l’inceste – dans laquelle Freud, lui aussi, a vu (lettre à Fliess, du 31 mai 1897) le moyen d’échapper au fait «horrifiant» et «anti-social» que, par la vie sexuelle incestueuse, «les membres d’une famille sont en permanence solidaires et incapables de se lier à des étrangers». Augustin écrit, dans le livre XV de la Cité de Dieu : «Une très juste raison de charité invita les hommes [...] à multiplier leurs liens de parenté; un seul homme ne devait pas en concentrer trop en lui-même, il fallait les répartir entre des sujets différents; ainsi leur grand nombre contribuerait à préserver plus efficacement les liens de la vie sociale. Père et beau-père sont, en effet, les noms de deux liens de parenté. Que chacun ait un homme pour père et un autre pour beau-père, la charité s’étend sur un plus grand nombre [... Au lieu qu’] un seul homme eût été, pour ses enfants frères et sœurs mariés entre eux, père, beau-père et oncle [...], autres pour le même homme seront alors la sœur, l’épouse, la cousine; autres le père, l’oncle, le beau-père; autres la mère, la tante, la belle-mère. Ainsi, loin de se restreindre à un cercle étroit, le lien social s’étendra plus largement et sur plus de têtes par des alliances multiples» (d’après la traduction de G. Combès). Bornons-nous ici à rappeler que cette ratio rectissima caritatis que saint Augustin allègue au principe de son argumentation et qui se rattache à sa thèse de l’«amour ordonné» a inspiré, notamment depuis Origène et les autres Pères grecs jusqu’aux Victorins, un développement original de la théologie de la Trinité, autre lieu spéculatif fameux par sa réflexion sur la famille et sur les relations entre les personnes qui la composent.

L’anthropologie, en voyant dans la famille une société d’échange, la désigne comme étant autre chose qu’un groupe simplement naturel. Sa forme monogamique n’a évidemment rien de tel, puisque, en dépit de sa fréquence, elle ne paraît pas inscrite dans la nature humaine et ne peut donc dépendre d’une nécessité universelle, contre laquelle s’inscriraient en faux, à titre de corruptions ou de déviances localisées, d’autres formules telles que la polygamie, la polyandrie et le mariage entre femmes. Même si l’éthologie rencontre chez les Vertébrés des espèces monogames [cf. SOCIÉTÉS ANIMALES], la famille humaine de ce type ne dérive pas pour autant d’une simple nécessité biologique ou des seules lois de l’instinct. En réalité, même sous ses autres formes, que l’Occidental serait tenté de juger plus lâches, la famille est déjà du côté de la culture, en dépit de la position de ce personnage de Pierre Klossowski – peut-être inspirée par une lecture homosexuelle de la célèbre invective de Gide – dont il est dit: «N’avait-il pas décrit avec éloquence et subtilité comment, déjouant la loi tout animale qui prétend régir positivement la conservation des sociétés, c’était bien la propre loi de cette «race», à la faveur même de la réprobation où elle se trouvait, qui assurait à l’humanité la structure et le niveau propices à toute élévation spirituelle?» (La Vocation suspendue ).

La dimension culturelle de la famille, il est vrai, ne laisse pourtant pas d’être ambiguë. Lévi-Strauss souligne que la société, qui, elle, relève essentiellement de la culture, «ne peut exister qu’en s’opposant à la famille, tout en respectant ses contraintes» et que son principal souci «n’est pas de la mettre en honneur et de la perpétuer; [...] tout montre, au contraire, que la société se méfie de la famille et lui conteste le droit d’exister comme une entité séparée». Cette remarque rejoint, en le précisant, le propos cité plus haut de Benveniste sur la primauté culturelle du groupe social, par rapport auquel l’institution familiale apparaît plutôt alors comme une «émanation de contraintes naturelles» dont il lui faut bien tenir compte.

Quand on ouvre le dossier, comme le fait Lacan dans son article de 1938, de la psychologie de la famille, des complexes qu’elle abrite et même de ses facteurs pathogènes, du moins dans la famille occidentale contemporaine, l’ambiguïté de cette institution peut prendre une forme troublante. C’est d’ailleurs au déclin de l’imago paternelle et à la crise subséquente de la famille conjugale que Lacan ose rattacher l’avènement de la psychanalyse, dont le seul objet qui soit soumis à son expérience est justement celui des rapports de l’homme moderne avec cette institution: en effet «le sublime hasard du génie n’explique peut-être pas seul [...] qu’un fils du patriarcat juif ait imaginé le complexe d’Œdipe à Vienne même, alors centre d’un État qui était le melting pot des formes familiales les plus diverses, des plus archaïques aux plus évoluées, des derniers groupements agnatiques des paysans slaves aux formes les plus réduites du foyer petit-bourgeois et aux formes les plus décadentes du ménage instable, en passant par les paternalismes féodaux et mercantiles». Après avoir perçu, à propos des névroses qui dominaient à la fin du XIXe siècle, «qu’elles étaient intimement dépendantes des conditions de la famille», la psychanalyse en viendrait même à constater que «ces névroses, depuis le temps des premières divinations freudiennes, semblent avoir évolué dans le sens d’un complexe caractériel où, tant pour la spécificité de sa forme que pour sa généralisation – il est le noyau du plus grand nombre des névroses –, on peut reconnaître la grande névrose contemporaine».

famille [ famij ] n. f.
• 1337; lat. familia, de famulus « serviteur »
I
1(Sens restreint) Les personnes apparentées vivant sous le même toit, et spécialt le père, la mère et les enfants. Un village d'une trentaine de familles. 1. feu, foyer. Fonder une famille : avoir un, des enfants. « La famille sera toujours la base des sociétés » (Balzac). La famille Dupont. Famille conjugale sans enfants. ménage. Famille monoparentale. Chef de famille. Un enfant abandonné, sans famille. orphelin. Lycéen, pensionnaire, soldat qui rentre dans sa famille. bercail, foyer, maison. « Familles, je vous hais ! foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur » (A. Gide). — EN FAMILLE. Être en famille. Passer le week-end en famille (cf. aussi 2o). — DE FAMILLE. La vie de famille. Pension de famille. Médecin de famille. Loc. Faire partie de la famille : être traité comme un membre de la famille, en parlant d'un ami proche, d'un « ami de la maison ». ⇒ familier. Fam. et vulg. Famille tuyau de poêle. La Sainte Famille : Marie, Joseph et Jésus. — DES FAMILLES : à l'usage des familles. L'almanach des familles. Fam. On va se taper un petit gueuleton des familles, agréable et sans prétention.
Spécialt Les enfants issus d'un couple. Être chargé de famille. Père, mère de famille. Élever sa famille. Une famille de six enfants. Plaisant Promener toute sa petite famille. marmaille, progéniture.
♢ FAMILLE NOMBREUSE, formée des parents et de nombreux enfants; les enfants seuls. Carte de famille nombreuse (délivrée à partir de trois enfants, en France).
(Suisse) Grande famille : famille nombreuse. Avoir de la famille, des enfants. — (Belgique, Suisse) Attendre (de la) famille : être enceinte.
Dr. Livret de famille. Soutien de famille. Conseil de famille. Code de la famille.
2(Sens large) L'ensemble des personnes liées entre elles par le mariage et par la filiation ou, exceptionnellement, par l'adoption. Le droit de la famille. Membres d'une même famille ( parent; parenté) . Famille proche, éloignée. Branches de la famille. Ils ont de la famille en Italie. Nom de famille. patronyme. Famille naturelle et famille adoptive d'un enfant adopté. Être de la même famille. sang. Entrer dans une famille (par son mariage). Famille par alliance. belle-famille. — EN FAMILLE : avec les siens. Passer Noël en famille, dans sa famille. Régler qqch. en famille. Loc. Laver son linge sale en famille (cf. aussi 1o). — DE FAMILLE. Réunion, fête, dîner, photo de famille ( familial) . Loc. Avoir un air de famille, une ressemblance. « Bien qu'elles ne fussent ni sœurs ni cousines, il y avait entre elles un air de famille » (Musset). C'est de famille : c'est (un trait de caractère, un comportement) hérité, commun à d'autres membres de la famille. Esprit de famille : goût des relations entre membres de la famille. Il n'a pas l'esprit de famille (cf. aussi 1o). Loc. Ces messieurs de la famille... (à un enterrement, pour annoncer les membres de la famille du défunt).
Sociol. Famille étendue; famille restreinte, nucléaire.
3Succession des individus qui descendent les uns des autres, de génération en génération. La famille d'Abraham. descendance, génération, lignage, lignée, postérité, race, sang, souche. La famille royale. La famille des Habsbourg. dynastie, maison. « Le comte Adam appartient à l'une des plus vieilles et des plus illustres familles de la Pologne » (Balzac). Une famille de musiciens, où l'on est musicien de génération en génération. — Loc. Les deux cents familles : les familles qui possèdent la puissance économique, la richesse (en France). Biens de famille. patrimoine. Une maison de famille. Bijoux de famille. Loc. De bonne famille : qui appartient à une famille bien considérée (souvent iron.). Jeune homme de bonne famille. Fils de famille, qui profite de la situation privilégiée de ses parents. Vertus, tares de famille. atavique, héréditaire.
IIFig.
1(Avec un adj., un déterm.) Personnes ayant des caractères communs. « De Jaspers à Heidegger, de Kierkegaard à Chestov [...] toute une famille d'esprits parents par leur nostalgie » (Camus). Famille spirituelle, littéraire, artistique, politique. clan, coterie, école.
2Biol. Unité de la classification des êtres vivants, fondée sur une communauté de caractères morphologiques et physiologiques ( sous-famille, superfamille, tribu). La famille des bovidés, des renonculacées.
3Phys. Famille radioactive : ensemble d'éléments dérivant les uns des autres par transmutations spontanées. Les familles radioactives naturelles sont celles de l'actinium, du thorium et de l'uranium.
Électron. Famille de circuits intégrés : ensemble des circuits intégrés issus d'une même technologie.
4Famille de mots : groupe de mots provenant d'un même radical par dérivation ou composition ( étymologie) . Œuvre et manœuvrer sont de la même famille.
Famille de langues : groupe de langues ayant une origine commune. Le français, l'italien, l'espagnol appartiennent à la famille des langues romanes.

famille nom féminin (latin familia) Ensemble des générations successives descendant des mêmes ancêtres ; lignée : Une des plus vieilles familles d'Auvergne. Ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou d'alliance : Famille proche, éloignée. Ensemble formé par le père, la mère et les enfants : Fonder une famille. Ensemble constitué par les enfants issus du mariage : Être chargé de famille. Conjoint, enfant, parent avec qui quelqu'un vit : Emmener toute sa famille en vacances. Génération, descendance de père en fils, par rapport au métier, à la fonction : Une famille de jardiniers. Ensemble de personnes ayant des caractères semblables : Famille littéraire. Ensemble de choses ayant des caractères communs : Arbres qui appartiennent à la même famille. Biologie Division systématique de l'ordre ou du sous-ordre, dans laquelle on rassemble les genres animaux ou végétaux ayant de nombreux caractères communs. Céramique Groupe de porcelaines d'Extrême-Orient apparentées par la couleur dominante de leur décor. (Les familles les plus connues sont : la famille verte, à son apogée sous le règne de Kangxi[1662-1722], et la famille rose, qui, apparue durant le même règne, s'est développée tout au long du XVIIIe s. et dont la fabrication s'est poursuivie jusqu'à nos jours.) Mathématiques Ensemble dont tous les éléments sont des parties d'un ensemble donné. Religion Ensemble des religieux d'un même ordre. Sociologie Ensemble de maffiosi groupés sous l'autorité d'un parrain. ● famille (citations) nom féminin (latin familia) Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Les nations n'ont de grands hommes que malgré elles, — comme les familles. Fusées Georges Bernanos Paris 1888-Neuilly-sur-Seine 1948 Les familles me font peur. Journal d'un curé de campagne Plon Malcolm de Chazal Vacoas 1902-Port-Louis 1981 La famille est une Cour de justice qui ne chôme ni nuit ni jour. Sens plastique Gallimard Jean-François Collin d'Harleville Maintenon, Eure-et-Loir, 1755-Paris 1806 Académie française, 1803 Le ciel bénit toujours les nombreuses familles. Les Châteaux en Espagne André Gide Paris 1869-Paris 1951 Familles ! je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur. Les Nourritures terrestres Gallimard Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Sire, je ne viens pas redemander ma fille. Quand on n'a plus d'honneur, on n'a plus de famille. Le Roi s'amuse, I, 5, M. de Saint-Vallier Valery Larbaud Vichy 1881-Vichy 1957 Je n'ai jamais pu voir les épaules d'une jeune femme sans songer à fonder une famille. A. O. Barnabooth, Journal intime Gallimard Gabriel Marcel Paris 1889-Paris 1973 Toute famille vraiment vivace sécrète un certain rituel sans lequel elle risque de perdre à la longue ses assises secrètes. Homo viator Aubier Jean François Marmontel Bort-les-Orgues 1723-Habloville, Eure, 1799 Académie française, 1763 Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? Lucile, opéra sur une musique de Grétry (1769) Anonyme Laver son linge sale en famille. Commentaire La formule a été relevée chez Napoléon, Casanova, Voltaire… Il s'agit vraisemblablement, à l'origine, d'une expression proverbiale populaire. Lev [en français Léon] Nikolaïevitch, comte Tolstoï Iasnaïa Poliana, gouvernement de Toula, 1828-Astapovo, gouvernement de Riazan, 1910 Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à sa façon. Anna Karenine Commentaire Première phrase du roman. ● famille (expressions) nom féminin (latin familia) Attendre famille, en Belgique, être enceinte. Ça ne sort pas de la famille, cette histoire ne sera pas ébruitée. Familier. C'est de famille, c'est un trait de caractère, une attitude qui relève des comportements habituels de la famille, des parents. Familier. Des familles, qui est sans prétention, sans difficulté. En famille, entre les siens, chez soi. Esprit de famille, goût privilégié pour les relations entre les membres de la famille. Être de bonne famille, être né de parents considérés. Fils, fille de famille, enfant d'une famille aisée. Grande famille, ensemble des personnes qui ont part à une grande fortune, à une puissance, un pouvoir, qui se transmettent de génération en génération. Familier. La petite famille, la progéniture : Emmener sa petite famille à la campagne. La Sainte Famille, Joseph, la Vierge et l'Enfant Jésus ; tableau ou sculpture qui représente ces personnages. Famille étendue, ensemble constitué par le père et la mère, les enfants, les petits-enfants, les oncles, les tantes, les neveux, les nièces, dans la mesure où leur lieu de résidence est le même. Famille restreinte, ensemble constitué par le père, la mère et leurs enfants. Bien de famille, bien insaisissable constitué par son propriétaire dans l'intérêt de sa famille. Code de la famille et de l'aide sociale, ensemble des mesures relatives à la famille et à l'aide sociale, codifiées en 1958. Les deux cents familles, nom parfois donné, sous la IIIe République, aux dynasties bourgeoises représentées dans de nombreux conseils d'administration des grandes sociétés industrielles, financières et commerciales. Famille de langues, ensemble de langues dont on a pu démontrer l'origine commune. Famille de mots, ensemble de mots qui possèdent la même racine et qui dérivent les uns des autres. (Ainsi raison, raisonner, raisonnement, déraisonner, etc.) Famille radioactive, suite d'éléments radioactifs qui dérivent les uns des autres par désintégrations successives. Dessin de la famille, test projectif dans lequel on demande à un enfant de dessiner une famille et/ou sa famille. ● famille (synonymes) nom féminin (latin familia) Ensemble des générations successives descendant des mêmes ancêtres ; lignée
Synonymes :
- lignée
Ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou...
Synonymes :
- parenté
- parentèle
Ensemble formé par le père, la mère et les enfants
Synonymes :
- ménage
Physique. Famille radioactive
Synonymes :
- série radioactive

famille
n. f.
rI./r
d1./d Ensemble de personnes formé par le père, la mère et les enfants. Chef de famille.
|| Ensemble des enfants issus d'un mariage. Famille nombreuse. Mère de famille.
Soutien de famille: fils, fille, frère, soeur subvenant aux besoins des siens.
d2./d (Sens large.) Ensemble de toutes les personnes ayant un lien de parenté. Avoir un air de famille.
Par ext. La famille humaine: l'humanité tout entière.
(Afr. subsah.) Grande famille ou famille: ensemble de gens ayant des liens de sang, d'alliance, d'amitié, de patronage et unis par la solidarité.
|| (Vanuatu) Familles banian: familles européennes dont les membres se sont mariés entre eux, créant ainsi un réseau qui rappelle celui des racines du banian.
d3./d Race, lignée, descendance. Famille royale.
|| Jeune fille de bonne famille, d'une famille honorable et aisée.
Ellipt. Fille, fils de famille.
d4./d Loc. Fam. (Québec) être en famille: être enceinte.
Partir pour la famille: tomber enceinte.
rII./r
d1./d Par anal. Ensemble formé de choses ou d'êtres présentant des points communs. Famille de mots. Famille d'esprit.
|| CHIM Ensemble d'éléments ayant des propriétés voisines. Famille des halogènes.
|| LING Ensemble de langues de même origine. La famille nigéro-congolaise.
|| MATH Famille d'éléments indexée: application faisant correspondre un ensemble d'éléments x à un ensemble d'indices i.
Famille de courbes, qui se déduisent les unes des autres par modification d'un paramètre.
|| PHYS NUCL Famille radioactive: ensemble des éléments dérivant d'un même élément par désintégration radioactive.
d2./d BIOL Unité systématique, moins large que l'ordre et plus large que le genre, dont le nom dérive généralement du genre type.

⇒FAMILLE, subst. fém.
I.— [L'accent est mis sur l'apparentement par le sang, les alliances, les adoptions]
A.— [Au regard du dr.] Institution juridique qui groupe des personnes unies par les liens du mariage, par les liens du sang, éventuellement, en vertu d'un pacte, par des liens d'adoption. Famille légitime; base, code de la famille. Tout se trouve dans les rêveries enchantées où nous plonge le bruit de la cloche natale : religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l'avenir (CHATEAUBR., Génie, Paris, Droz, 1935 [1805], p. 20). Sans doute, j'écrivais un jour :« Familles, je vous hais »; mais il s'agit ici d'institutions, non de personnes; et ce n'est pas du tout la même chose (GIDE, Journal, 1933, p. 1168) :
1. Hélas! nous disons : la Famille, les familles, comme nous disons aussi la Patrie. On devrait beaucoup prier pour les familles, les familles me font peur. Que Dieu les reçoive à merci!
BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p. 1175.
Expressions
Famille adoptive, d'adoption. Filiation d'enfants en vertu d'un acte juridique qui légitime l'adoption et la transmission d'un nom. Une destinée nouvelle dans le sein d'une famille d'adoption (M. DE GUÉRIN, Corresp., 1838, p. 334).
Belle-famille.
Famille directe. Je vous ai présenté tous les habitants ordinaires de la maison en dehors de la famille directe (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 99).
Famille naturelle. Filiation, hors mariage, des enfants de la mère ou du père. L'adopté restera dans sa famille naturelle et y conservera tous ses droits (Code civil, 1804, art. 348, p. 65).
Charges de famille. Sommes allouées à titre de remboursement de frais et des allocations ou indemnités pour charges de famille (Encyclop. éduc., 1960, p. 305).
Conseil de famille. Organe de tutelle d'un enfant légitime mineur ou d'un interdit. Vous aurez d'abord à réunir un conseil de famille (DRUON, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 184).
Enfant de famille (vx). Enfant légitime :
2. ... cet enfant là [le Champi], voyez-vous, est d'un cœur comme on n'en trouve guère; ça ne se plaint jamais, et c'est aussi soumis qu'un enfant de famille...
SAND, F. le Champi, 1850, p. 21.
Livret de famille (délivré aux époux lors du mariage civil). Je l'ai là mon livret de famille! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 643).
Soutien de famille. Les mêmes allocations sont dues aux familles des militaires qui (...) justifient de leur qualité de soutien indispensable de famille (J.O., Loi rel. recrut. arm., 1928, p. 3813).
En (bon) père de famille. Veiller sur un mineur en père de famille. Le tuteur prendra soin de la personne du mineur, et le représentera dans tous les actes civils. Il administrera en bon père de famille (Code civil, 1804, art. 450, p. 83).
B.— 1. Groupe constitué par des familles (branches) et des individus apparentés par des alliances, par le sang, descendant d'ancêtres communs. Illustre famille; famille princière, régnante; aîné de la famille; cadet de famille; traditions de famille. Et puis, voyez-vous, la haine, c'est dans notre sang, dans notre famille, dans nos traditions (HUGO, Angelo, 1835, p. 89). C'est un Lérac de la Môle, d'une grande famille de Provence (DUMAS père, Reine Margot, 1847, II, 1, p. 62) :
3. Dieu merci! elles appartenaient à une trop bonne famille, jamais la tante n'aurait souffert que la nièce se conduisît mal...
ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 304.
En partic. dans l'Antiquité. Ensemble des personnes (enfants, apparentés, esclaves) et des biens soumis à l'autorité du chef de la famille (Pater familias) :
4. Dans la ville, chaque citoyen [romain] vivait renfermé au milieu de sa famille; femme, enfants esclaves, par le même mot il désignait tous les êtres auxquels il commandait en maître absolu.
MÉRIMÉE, Conjur. Catilina, 1844, p. 247.
Expressions
De bonne famille. Il épouse une jeune fille de bonne famille, riche, jolie (GONCOURT, Journal, t. 4, 1896, p. 840).
Être de la famille. Ces gens-là sont à notre service de père en fils, depuis des siècles, de sorte qu'à force de se trouver en contact avec nous, ils ont fini par être un peu de la famille (DUMAS père, L. Bernard, 1843, I, 2, p. 202).
Air famille. Pas d'air solennel, maman. Pas d'air solennel! Jure-moi de ne pas prendre l'air famille, de prendre l'air roulotte (COCTEAU, Par. terr., 1938, I, 4, p. 204).
Un fils de famille. Jeune homme appartenant à une famille riche. Quand un fils de famille est à sec, rasé, ratissé, il va chez Pichery, marchand de tableaux, somptueusement installé rue Laffite (A. DAUDET, Rois en exil, 1879, p. 329).
Ces Messieurs de la famille.
Des familles [valoris. fam.] S'offrir un déjeuner des familles.
2. Succession d'individus porteurs du même nom descendant les uns des autres. Synon. lignage, lignée. Et il [Pascal] songeait à ces poussées d'une famille, d'une souche qui jette des branches diverses (ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 301) :
5. Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d'êtres, se comporte dans une société, en s'épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d'œil, profondément dissemblables, mais que l'analyse montre intimement liés les uns aux autres.
ZOLA, Fortune Rougon, 1871, préf., p. 3.
C.— 1. Ensemble constitué par un couple de parents et leurs enfants. La famille X; famille nombreuse; affaire, bijoux, cercle, deuil, médecin, père de famille; sens de la famille; avec sa petite famille; abandonner sa famille, fonder, nourrir une famille. Aujourd'hui je n'ai plus de tout ce que j'avais Qu'un fils et qu'une fille (...) Dieu m'ôte la famille (HUGO, Année terr., 1872, p. 208). Je parlerais de ma famille Tant, que c'en serait Han-Mer-Dent : J'ai ma femme, mon fils, ma fille (NOUVEAU, Valentines, 1886, p. 106) :
6. ... le concierge laissa même entendre que, s'il en poussait un quatrième [enfant], le propriétaire leur donnerait congé [aux Pichon], car trop de famille dégradait un immeuble.
ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 360.
Grande famille. Famille nombreuse. Faites beaucoup d'enfants, c'est beau les grandes familles, mon fils; pour les élever, gagner des indulgences plénières (G. CLAVIEN, Un hiver en Ardèche, Lausanne, 1970, p. 177).
Album de famille. En feuilletant un album de famille, Anne-Marie s'aperçut qu'elle avait été belle (SARTRE, Mots, 1964, p. 7).
Ami de la famille. Une mère à tête de morte montrait en riant sa fille à tête d'orpheline au vieux diplomate ami de la famille (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 9).
Chef de famille. Que devenir, du moins dans le cas où je serais marié et chef de famille? (AMIEL, Journal, 1866, p. 450).
Déjeuner, dîner de famille. Il s'agissait d'un dîner de famille offert en voisins (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 17).
Membres de la famille. Les tragédies des anciens sont celles non seulement des membres d'une même famille, mais aussi des divers individus qu'il y a dans un même être (MONTHERL., Notes théâtre, 1954, p. 1071).
Mère de famille. Alors, à l'aide du crédit de son beau-père, je m'occupe à son tour du bonheur d'Angèle (...), est-ce que ce n'est point là le calcul (...) d'une bonne mère de famille? (DUMAS père, Angèle, 1834, II, 7, p. 152).
Situation de famille. Ils doivent faire acte de candidature [les candidats aux prix Fénéon] par une lettre accompagnée d'un extrait de naissance et de renseignements sur leur situation de famille (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 7, col. 3).
Vie de famille. Les anciens poètes hollandais (...) sont des moralistes graves, sensés, un peu longs, qui louent les joies d'intérieur et la vie de famille (TAINE, Philos. art, t. 2, 1865, p. 252).
P. anal. [En parlant du règne animal] Le renard et sa famille. Du petit village de Rognes, bâti sur la pente, quelques toitures seules étaient en vue, au pied de l'église, qui dressait en haut son clocher de pierres grises, habité par des familles de corbeaux très vieilles (ZOLA, Terre, 1887, p. 10).
2. Expressions
La Sainte Famille. La famille du Christ : la Vierge, Joseph, l'enfant Jésus. Titre de nombreuses représentations picturales de ce groupe. Il y a aussi dans la cathédrale de Burgos, une Sainte Famille sans nom d'auteur, que je soupçonne fort d'être d'André del Sarto (GAUTIER, Tra los montes, 1843, p. 49).
En famille. Dîner, vivre en famille. La vie est une joie où le meurtre fourmille, Et la création se dévore en famille (HUGO, Légende, t. 2, 1877, p. 577).
Faire partie de la famille. J'avais l'impression ridicule de « faire partie de la famille » (CAMUS, Étranger, 1942, p. 1174).
Laver son linge sale en famille. Régler des affaires fâcheuses entre soi, en dehors du public :
7. Un avoué lui avait conseillé [à Antoine], avec des mines dégoûtées, de laver son linge sale en famille, après s'être habilement informé s'il possédait la somme nécessaire pour soutenir un procès.
ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 116.
Argot
La famille tuyau de poêle. Couple d'homosexuels (cf. LACASSAGNE, Arg. « milieu », 1928, p. 255).
La famille Gautier. Colonie de poux. Il piole avec la famille Gautier. Il est rempli de poux (NOUGUIER, Notes manuscr. Delesalle, 1900, p. 134).
Helvétismes
Avoir de la famille. Avoir des enfants. La femme ne travaille pas si elle a de la famille (Radio Suisse romande, 5 nov. 1975).
Attendre de la famille. Être enceinte. Ces jeunes habitent ou sont originaires de Martigny, Salvan... Un seul est marié et sa jeune femme attend de la famille (Feuille d'Avis de Neuchâtel, 4 mars 1977).
HÔTELLERIE
Maison de famille. Courrier par courrier (...) Fanny lui fit [à Jean] le tableau de son hôtel, vraie maison de famille habitée par des étrangers (A. DAUDET, Sapho, 1884, p. 138).
Pension de famille. À Menton, j'écoutais, hier, dans une pension de famille endormie au milieu des jardins, s'éveiller les oiseaux et les mouches (COLETTE, Vagab., 1910, p. 274).
II.— Au fig.
A.— Ensemble d'individus apparentés par des similitudes dans les croyances, l'idéologie, le tempérament, la technique artistique. Famille artistique, intellectuelle, politique. Le mot d'école (...) désignait autrefois des familles de peintres apparentés par un même idéal et des pratiques analogues (HOURTICQ, Hist. Art, Fr., 1914, pp. 438-439). On sait d'ailleurs que son chef [de la critique à la N.R.F.], André Gide, est de la famille de Montaigne (THIBAUDET, Hist. litt. fr., 1936, p. 530). Léon Blum fut très vite ressaisi par les penchants habituels de la famille socialiste (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 258) :
8. Deux familles de poètes, deux familles de penseurs, deux familles de savants, deux familles de mystiques : Jammes et Claudel, Bergson et Heidegger, Descartes et Einstein, François de Sales et Jean de la Croix.
MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 648.
B.— [En parlant d'êtres hum., de collectivités, de choses] Communauté de condition, d'intérêts; similitude formelle.
1. Ensemble constitué par des individus qu'unit une communauté de condition, d'intérêts, de destin. Famille humaine; la grande famille juive; famille monastique, professionnelle. Toutes ses pensées [de Trenmor] sont pour la grande famille des malheureux (SAND, Lélia, 1839, p. 468). Les soins de la famille, les soins de l'université, cette famille plus grande, l'ont occupé [M. de Mussy] uniquement et absorbé jusqu'à la fin (SAINTE-BEUVE, Chateaubr., t. 2, 1860, p. 328). Le personnel de la Crêcherie devenait une grande famille, dont le lien se nouait de plus en plus étroit (ZOLA, Travail, t. 2, 1901, p. 7).
Expr. Les deux cents familles. Symbole de la puissance représentée par les deux cents plus gros actionnaires de la Banque de France au temps où celle-ci était un institut d'émission privé. Le propre des Parisiennes était d'être célèbres (...). Elles étaient Parisiennes comme on est aujourd'hui des deux cents familles, du Suez ou de quelque extrême parti politique (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 190).
2. Ensemble constitué par des choses apparentées en raison de leurs similitudes formelles. Familles d'industries, former des familles de vers. Dans cette grande famille des signes, il est une espèce dont les propriétés sont remarquables; ce sont les noms (TAINE, Intellig., t. 1, 1870, p. 27). Les figures (et il faut en dire autant des mouvements) ne forment-elles pas des familles? (HAMELIN, Élém. princ. représ., 1907, p. 208). Les tragédies de Racine sont des sœurs séparées alignées qui se ressemblent. Les quatre tragédies de Corneille sont une famille liée (PÉGUY, V.-M., comte Hugo, 1910, p. 793).
Expr. Air de famille. Ressemblance. Non seulement ce synchronisme est un air de famille qui épouse l'aspect général de l'action, mais encore (...) il souligne ses détails à la grande surprise de ceux qui en estimaient l'emploi sacrilège (COCTEAU, Diff. d'être, 1947, p. 243).
C.— Dans les domaines techn.
1. BOT., ZOOL. Groupe naturel inférieur à l'ordre et supérieur au genre. Par cela qu'il doit se développer en types de classes, d'ordres, de familles, etc., un type d'embranchement se procure de l'extension (HAMELIN, Élém. princ. représ., 1907, p. 212). Nous appelons pingouin, en français, un oiseau des régions arctiques appartenant à la famille des alcidés (FRANCE, Île ping., 1908, p. 7). Les espèces, bien que variant beaucoup comme coloration, ont cependant un air de famille indéniable (COUPIN, Animaux de nos pays, 1909, p. 133) :
9. L'allée finit brusquement par un dernier bouquet où tremblent les bouleaux, les peupliers et tous les arbres frémissants, famille intelligente, à tiges gracieuses, d'un port élégant, les arbres de l'amour libre!
BALZAC, Paysans, 1844, p. 7.
P. ext. (à l'homme). Ensemble de l'espèce humaine. Famille humaine; la grande famille du genre humain :
10. Il [le bassin de la Méditerranée] se dessine et se creuse dans la région la plus tempérée du globe (...). Ce bassin (...) a été le théâtre du mélange et des contrastes, pendant des siècles, de familles différentes de l'espèce humaine, s'enrichissant l'une l'autre de leurs expériences de tout ordre.
VALÉRY, Regards sur monde act., 1931, p. 235.
Spéc. Une des branches de l'espèce humaine caractérisée par des traits morphologiques communs et par une communauté de langage. Ces hommes [les Lombards] au teint brun, aux visages remuants, formaient une famille au langage commun (DRUON, Roi de fer, 1955, p. 285).
2. LING. Famille articulatoire, de racines. Famille de langues (cf. MAR. Lex. 1933, p. 80). Famille de transformations (cf. Ling. 1972).
Famille de mots. Tous les mots dérivés et les mots composés formés sur un même radical constituent une famille de mots. Ex. :roulerrouleau, dérouler, déroulement, enrouler, roulade (E. GRAMMONT et A. HAMON, Gramm. fr., Classes de fin d'études, Paris, Hachette, 1957, p. 42).
3. MUS. Famille instrumentale, d'accords, de voix, des violes. Ce sera [le hautbois baryton] une admirable basse le jour où l'on voudra grouper tous les instruments de même famille (WIDOR, Techn. orch. mod., 1904, p. 23).
4. PHILOS., SC. HUM. Famille des sciences historiques. Elles [les mathématiques] ne sont (...) qu'un des membres de la grande famille métaphysique (PROUDHON, Créat. ordre, 1843, p. 142).
5. CHIM. Famille de l'uranium, du thorium; famille radioactive (cf. OSTOYA s.d.).
6. Autres domaines techn. (archit., construction, technol.). Famille d'exécution, de gammes, d'opérations, de phases. Les Pyramides de Giseh font partie de cette nombreuse famille de géométrie dans l'espace qui s'étend jusqu'au Soudan et entoure le Caire de repères implacables (MORAND, Route Indes, 1936, p. 143).
Prononc. et Orth. :[famij]. Voyelle de seconde syll. respectivement demi-longue et longue ds PASSY 1914 et BARBEAU-RODHE 1930. V. aussi GRAMMONT Prononc. 1958, p. 43. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1337 « personnes habitant sous le même toit » (Livre Roisin, 353 ds T.-L.); 2. 1580 « ensemble des personnes vivant sous le même toit, et unies par les liens du sang » (BERNARD PALISSY, Discours Admirables, éd. P. A. Cap, p. 338 : un bon pere de famille Normand); 3. 1611 « succession de personnes qui ont une même origine » (COTGR.); 4. 1658 « ensemble de personnes présentant des caractères communs » (BALZAC, De la Cour, 1er disc. ds LITTRÉ : Les philosophes de la famille de Platon et de celle d'Aristote); 5. 1676 terme d'hist. nat. (MAGNOL, Botanicum monspelliense d'apr. Lar. Lang. fr.); 1690 (FUR. : Les Chymistes divisent la Nature en trois Familles ou Regnes, les mineraux, les vegetaux, et les animaux). Empr. au lat. familia. Fréq. abs. littér. :20 252. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 36 119, b) 34 167; XXe s. : a) 23 967, b) 22 586.

famille [famij] n. f.
ÉTYM. 1337; du lat. familia, de famulus « serviteur ».
———
I
1 Antiq. (sens étymol.). L'ensemble des personnes (enfants, serviteurs, esclaves, parents) vivant sous le même toit, sous la puissance du pater familias.REM. Cette acception (conservée en latin classique dans un sens étroit de familia) se retrouve en français jusqu'au XVIIe s., et est en concurrence avec le lat. familia dans la langue didact. (hist., dr. romain).
1 Il déjeune très bien, aussi fait sa famille,
Chiens, chevaux et valets, tous gens bien endentés.
La Fontaine, Fables, IV, 4.
2 (…) notre mot famille, qui est relativement peu ancien, puisqu'on ne le signale pas avant le XIVe siècle, a eu le même développement sémantique que le familia latin. M. Edmond Huguet cite d'intéressants exemples de son emploi dans la langue du XVIe siècle. Pour Calvin, l'instruction de la famille, c'est l'instruction des serviteurs et des chambrières. Pour Olivier de Serres, la famille est l'ensemble des maîtres et des serviteurs, et s'il veut distinguer nettement les uns des autres, il appellera les serviteurs « la grossière famille ».
Thomasson, les Curiosités de la langue franç., p. 273.
Didact. L'ensemble des personnes unies par le sang ou par les alliances et composant un groupe ou un clan familial ( Gens, n. f.; maison) sous l'autorité d'un chef. || Famille patriarcale. Patriarche (cit. 3). || La cité (cit. 2), association politique et religieuse des familles et des tribus.
3 Ce qui unit les membres de la famille antique, c'est quelque chose de plus puissant que la naissance, que le sentiment, que la force physique : c'est la religion du foyer et des ancêtres. Elle fait que la famille forme un corps dans cette vie et dans l'autre. La famille antique est une association religieuse plus encore qu'une association de nature.
Fustel de Coulanges, la Cité antique, II, I.
4 (…) cette famille des anciens âges (la gens) n'est pas réduite aux proportions de la famille moderne (…) elle se ramifie sans se diviser. Plusieurs branches cadettes restent groupées autour d'une branche aînée, près du foyer unique et du tombeau commun (…) la religion domestique ne permet pas d'admettre dans la famille un étranger. Il faut donc que par quelque moyen le serviteur devienne un membre et une partie intégrante de cette famille. C'est à quoi l'on arrive par une sorte d'initiation du nouveau venu au culte domestique.
Fustel de Coulanges, la Cité antique, II, X, 4 (→ aussi Association, cit. 3; assurément, cit. 5; autorité, cit. 16).
Famille patriarcale, agnatique, fondée sur la parenté par les mâles. Patriarcat; agnation. || Famille fondée sur la parenté par les femmes. Matriarcat. || Famille cognatique, fondée sur la communauté de sang sans distinction de lignes (paternelle ou maternelle). Cognation.
5 Dans les temps primitifs la communauté d'existence reliait matériellement entre eux tous ceux qu'unissait le lien de la parenté; la famille tendait en s'accroissant à devenir tribu. Depuis lors elle a toujours été en se sectionnant. La vie commune s'est d'abord restreinte à ceux qui descendaient d'un même auteur encore vivant : l'ancêtre commun les réunissait sous sa puissance; à sa mort, la famille se divisait en plusieurs branches, ayant pour chefs distincts les propres fils du défunt. Tel était le système de la famille romaine, fondée sur la puissance paternelle, qui durait autant que la vie du père.
M. Planiol, Traité élémentaire de droit civil, t. I, no 639.
2 Dr. mod. et cour. L'ensemble des personnes liées entre elles par le mariage ( Alliance; conjoint, époux, allié), par la filiation ( Généalogie, parenté; ligne [directe, collatérale; ascendante, descendante; paternelle, maternelle]; ascendant, parent, père, mère, aïeul, ancêtre, et l'élément arrière-, arrière-grand-; descendant, fille, fils et l'élément arrière-petit-; collatéral, frère, sœur, oncle, tante, neveu, nièce, cousin) ou, exceptionnellement, par l'adoption. || Famille monogamique, polygamique, polyandrique ( Mariage). || La famille légitime française, fondée sur la monogamie. || Membres d'une même famille. || Branches de la famille. || Nom de famille. Patronymique (nom). || Famille naturelle et belle-famille d'un époux ( Beaux-parents, beau-frère, belle-sœur). || Famille naturelle et famille adoptive d'un adopté.Biens de famille. Patrimoine; héritage, succession (→ Création, cit. 20). || Administrer ses biens en bon père de famille. Père.Appartenir à une famille. || Être de la même famille. Sang. || Être de la même famille que qqn. Appartenir (à), vx. || Rivalités, divisions au sein d'une famille. Bloc (cit. 6). || Entrer dans une famille (par son mariage). — ☑ Loc. En famille. || Être en famille, réunis entre gens de la même famille. || Régler qqch. en famille.Loc. Laver son linge sale en famille. → aussi ci-dessous, 4.
… de famille. || Liens de famille. || Réunion, fête, dîner de famille. || Le cercle (cit. 9) de famille… — ☑ Loc. Avoir un air de famille, une ressemblance. — ☑ Esprit de famille, de solidarité familiale. — ☑ C'est de famille : c'est (un trait de caractère, un comportement) hérité, habituel depuis l'enfance.
6 Bien qu'elles ne fussent ni sœurs ni cousines, il y avait entre elles un air de famille : de grands yeux noirs, même finesse de taille; c'était deux ménechmes femelles.
A. de Musset, les Deux Maîtresses, I.
7 L'esprit de famille est en moi particulièrement développé; tu fais partie de ma famille, après tout, et je m'intéresse à tes enfants autant qu'aux miens propres.
Gide, Œdipe, II.
REM. Les constructions … de famille et … en famille sont parfois ambiguës, dans la mesure où elles concernent à la fois le sens 2., le sens 3. (papiers, souvenirs de famille) et le sens 4. (vie de famille, au sens étroit). Il en va ainsi pour des syntagmes comme album de famille, réunion de famille.
Loc. Ces Messieurs de la famille… (à un enterrement, pour annoncer les membres de la famille du défunt).
3 Succession des individus qui descendent les uns des autres, de génération en génération. || Origine et filiation d'une famille. Ascendance, généalogie, hérédité. || La famille d'Abraham. Descendance, génération, postérité, race, sang, souche. || Famille royale, souveraine. || La famille régnante. || La famille des Habsbourg. Dynastie, maison. || La famille des Guise. || Le Pacte de famille, conclu entre les Bourbons de France, d'Espagne et d'Italie (1761). || Être issu, descendre d'une famille noble. Lieu (de haut lieu), lignage. || Blason d'une famille titrée. || Famille paysanne, bourgeoise, roturière. || Famille ancienne (→ Enraciner, cit. 12). || Famille aisée, riche (→ Abondance, cit. 3), pauvre, modeste. || Une famille d'artisans, de musiciens, de financiers, où l'on est artisan, etc., de père en fils.Grande famille : ensemble des personnes qui (par alliance ou par le sang) ont part à une grande fortune transmise de génération en génération. || Être apparenté à une grande famille du pays.Vieilli. || Bonne famille, estimable, estimée, considérée. — ☑ Loc. mod. De bonne famille, qui appartient à une famille bourgeoise (souvent iron.). || Jeune homme, jeune fille (→ 1. Patron, cit. 14.2) de bonne famille.Fils de famille, qui profite de la situation privilégiée de ses parents. || Vertus, tares de famille. Héréditaire; atavisme. || Familles ennemies depuis plusieurs générations. || Le dernier représentant d'une famille. || Famille éteinte (cit. 23), disparue. || Écrire l'histoire d'une famille. || Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, de Zola.
8 Noble et brillant auteur d'une triste famille (…)
Racine, Phèdre, I, 3.
9 Le comte Adam appartient à l'une des plus vieilles et des plus illustres familles de la Pologne, alliée à la plupart des maisons princières de l'Allemagne (…)
Balzac, la Fausse Maîtresse, Pl., t. II, p. 12.
9.1 Il y avait bien dans la maison un lieutenant qui avait sa chambre, mais le propriétaire s'était chargé d'arranger les chambres et d'ailleurs, comme il était de bonne famille, il mettait son savoir-vivre à ne pas gêner ses jeunes gens, les saluant même s'il les rencontrait dans l'escalier (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 560.
10 Dans la classe moyenne et la classe rurale, la famille sous l'Ancien Régime était stable, fidèle à ses traditions, attachée à la même profession et au même pays. Comme les familles étaient nombreuses, une partie des enfants allait fréquemment s'établir au dehors, mais la famille se perpétuait, conservait son foyer et comptait, à chaque génération, un représentant dans la profession qui la particularisait, avocat, procureur, commerçant, paysan. Si l'on consulte les archives des petites communes, on retrouve dans les mêmes domaines, la même famille pendant des siècles.
Charmont, in G. Bouglé et J. Raffault, Éléments de sociologie, p. 142.
11 Non, je parle tout simplement de ces rejetons de bonne famille, souvent très sages, que l'on entend disserter, avec tant d'assurance et d'aisance, de la poésie moderne comme aussi de la peinture et du jazz.
M. Aymé, le Confort intellectuel, p. 140.
Papiers de famille. || Journal de famille. Livre (de raison). || Bijoux, souvenirs de famille. — ☑ Loc. pop. Les bijoux de famille.Album de famille. || Photo de famille. || Une maison de famille. || Portraits de famille. || Caveau de famille.
12 (…) s'il habite une maison dont il paye le loyer, il dit hardiment (…) que c'est une maison de famille et qu'il a héritée de son père.
La Bruyère, les Caractères de Théophraste, « De l'ostentation ».
13 (…) livre si curieux sur Clotilde et Auguste Comte, d'après des papiers de famille, car ce biographe averti est le propre petit-neveu de sa romanesque héroïne.
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 400.
14 (…) comme il n'avait point à sa disposition le pouvoir satanique d'offrir les bijoux à Marguerite, mieux valait qu'elle eût déjà, de famille, les parures nécessaires (…)
Aragon, les Beaux Quartiers, p. 84.
Loc. (XXe). Les deux cents familles : les familles qui possèdent la puissance économique (en France).
Zool. Succession d'animaux descendant d'un couple ou d'un sujet connu ( Généalogie). || Famille d'un cheval célèbre. || Caractères saillants qui rapprochent certains sujets d'une famille de leurs ancêtres éloignés. Atavisme (cit. 0.1).
4 (1642). Les membres de la famille vivant sous le même toit ( Foyer, logis), le père, la mère et les enfants habitant avec eux. || Un village d'une trentaine de familles. Feu, foyer. || Artisan travaillant avec les membres de sa famille. || La famille Dupont. || Une nouvelle famille vient de s'installer dans le pays. || Fonder une famille : avoir un, des enfants. || Famille conjugale sans enfants. Ménage. || Un enfant abandonné, sans famille. Orphelin. || Sans famille, roman de Hector Malot. || Lycéen, pensionnaire, soldat qui rentre dans sa famille (→ Rentrer dans ses foyers). || La famille : ce groupe familial élémentaire, constitué du couple parental, éventuellement réduit à une personne, et des enfants qui en sont issus (famille nucléaire; Nucléaire, I., 4.).
15 Trois êtres semblables, puisqu'ils appartiennent à l'humanité, mais non égaux, puisqu'ils ont des fonctions différentes, père, mère, enfants, constituent la famille : constitution naturelle et nécessaire, puisqu'on ne peut supposer la famille composée de plus ou de moins que du père, de la mère et des enfants.
De Bonald, in G. Bouglé et J. Raffault, Éléments de sociologie, p. 82.
16 Aussi regardé-je la Famille et non l'Individu comme le véritable élément social. Sous ce rapport, au risque d'être regardé comme un esprit rétrograde, je me range du côté de Bossuet et de Bonald (…)
Balzac, Avant-propos à la Comédie humaine (1842), Pl., t. I, p. 9.
17 La famille sera toujours la base des sociétés.
Balzac, le Curé de village, Pl., t. VIII, p. 617.
18 Balzac (…) voit dans la famille le noyau de la cellule sociale; il veut la famille restaurée, respectée, protégée.
Émile Henriot, les Romantiques, p. 328.
19 (La famille paternelle) comprenait le père, la mère, et toutes les générations issues d'eux, sauf les filles et leurs descendants. La famille conjugale ne comprend plus que le mari, la femme, les enfants mineurs et célibataires (…) le plus souvent, la cohabitation (de l'enfant) cesse même avant la majorité. En tout cas, une fois l'enfant marié, la règle est qu'il se fait un foyer indépendant. Nous sommes donc en présence d'un type familial nouveau. Puisque les seuls éléments permanents en sont le mari et la femme, puisque tous les enfants quittent tôt ou tard la maison paternelle, je propose de l'appeler la famille conjugale.
Durkheim, in G. Bouglé et J. Raffault, Éléments de sociologie, p. 115.
Une famille, la famille de qqn, les autres membres de ce groupe, par rapport à une personne (conjoint et enfants; parents, frères, sœurs, selon les cas). || Avoir une famille, ses parents, des frères et sœurs réunis.
20 Quand la famille est vivante et animée, les soins domestiques font la plus chère occupation de la femme et le plus doux amusement du mari.
Rousseau, Émile, I.
21 (…) un homme qui n'a jamais eu de famille, qui n'a pas été attendri par elle ni en remontant ni en descendant, qui n'a pas eu de père et qui, à son tour, n'a pas voulu l'être.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, Chamfort, t. IV, p. 557.
22 Je ne suis d'aucune famille, moi. Je ne suis pas de la vôtre. Je ne suis pas de celle des hommes. Les maisons où l'on est entre soi, j'y suis de trop. Il y a des familles, mais ce n'est pas pour moi. Je suis le malheureux; je suis dehors. Ai-je eu un père et une mère ? j'en doute presque.
Hugo, les Misérables, V, VII, I.
23 (…) des juges (…) qui, siégeant depuis le matin, ne peuvent s'empêcher de rêver au dîner, à la famille et à leurs chères pantoufles.
Baudelaire, le Spleen de Paris, XX.
24 Chaque famille sécrète un ennui intérieur et spécifique qui fait fuir chacun de ses membres (quand il lui reste un peu de vie). Mais elle a aussi une antique et puissante vertu, qui réside dans la communion autour de la soupe du soir, dans le sentiment d'être entre soi, et sans manières, tels que l'on est — groupe de gens qui sont entre eux tels qu'ils sont. On pourrait donc conclure que la famille est un milieu où le minimum de plaisir avec le minimum de gêne, font ménage ensemble.
Valéry, Suite, p. 127.
25 Au soir, je regardais dans d'inconnus villages les foyers, dispersés durant le jour, se reformer. Le père rentrait, las de travail; les enfants revenaient de l'école. La porte de la maison s'entr'ouvrait un instant sur un accueil de lumière, de chaleur et de rire, et puis se refermait pour la nuit (…) — Familles, je vous hais ! foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur. — Parfois, invisible de nuit, je suis resté penché vers une vitre, à longtemps regarder la coutume d'une maison. Le père était là, près de la lampe; la mère cousait; la place d'un aïeul restait vide; un enfant, près du père, étudiait (…)
Gide, les Nourritures terrestres, IV, I.
En famille. || Être en famille. || Vivre en famille. || Passer le week-end en famille, dans sa famille (→ aussi ci-dessus, 2.).De famille. || La vie de famille (→ Place, cit. 36).Vx. || Maison de famille (mod. pension de famille; Pension, cit. 7).« Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? », vers de Marmontel, dans Lucile, souvent cité par ironie.
Père de famille. Père (cit. 13, 13.1). || Mère de famille. Mère.Chef de famille. Chef (cit. 15 et supra). Vx. || Enfant de famille, légitime.
Loc. Faire partie de la famille : être traité comme un membre de la famille, en parlant d'un ami (cit. 20) proche, d'un « ami de la maison ». Familier.
25.1 Lui et Geneviève traitaient Reine comme une domestique qui, depuis vingt ans qu'elle est là, « fait partie de la famille » (…)
F. Mallet-Joris, le Jeu du souterrain, p. 36.
Loc. vulg. La famille tuyau de poêle.
La Sainte Famille : groupe de l'enfant Jésus avec la Vierge et saint Joseph, et parfois sainte Anne et saint Jean.Par métonymie. || Une Sainte-Famille : tableau, sculpture représentant la Sainte Famille (cf. tableaux de Raphaël, du Titien, de Poussin, etc.).
Loc. adj. Des familles : propre aux familles, à l'usage des familles.
25.2 Je leur reconnais le droit d'avoir ce souci de l'information brillante, et de tirer la langue à la vieille morale des familles; je ne les juge pas.
F. Mauriac, le Nouveau Bloc-notes 1958-1960, p. 403.
Fam. (d'abord expression publicitaire signifiant que la chose est saine, de tout repos). || Je m'en vais faire une bonne petite sieste des familles. || Un petit bridge des familles, sans prétention ni gravité.
Spécialt. Les enfants issus du mariage. || Être chargé de famille. || Père, mère de famille. || Élever, nourrir sa famille. || Une famille de six enfants.Plais. || Promener toute sa petite famille. Couvée, maisonnée, marmaille, nichée, progéniture. || Les rejetons, l'aîné (cit. 3), le cadet de la famille.
Famille nombreuse, formée des parents et de nombreux enfants; les enfants seuls.REM. L'énoncé : il, elle a une nombreuse famille est compris au sens 2. de famille; l'expression une famille nombreuse au sens traité ici. Spécialt. Groupe familial comprenant un nombre minimum d'enfants (par ex., trois) et bénéficiant d'avantages sociaux.
26 Les familles sont généralement plus nombreuses dans le peuple que dans les autres conditions.
Buffon, Des probabilités de la durée de la vie.
Régional (Suisse). || Grande famille : famille nombreuse. — ☑ Loc. Avoir de la famille, des enfants.
Régional. Être en espoir de famille; (Belgique) attendre famille; (Suisse) attendre de la famille : être enceinte.
26.1 Peu vous importe de troubler ma femme qui attend famille et qui n'est déjà pas trop solide (…)
G. Simenon, Cécile est morte, in Œ. compl., t. X, p. 36.
26.2 Cécile attend famille, mais cela ne se remarque pas.
G. Simenon, Pedigree, 1948 (éd. des « Œuvres complètes », 18, p. 233).
Dr. || Livret de famille. || Depuis 1970, le mari n'est plus désigné dans le Code français comme étant le « chef de la famille ». || Obligation alimentaire, fondée sur le devoir d'assistance mutuelle entre personnes de la même famille. Aliment (cit. 3). || Abandon de famille : délit qui consiste à ne pas payer pendant plus de deux mois la pension alimentaire due à son conjoint, à ses descendants mineurs, à ses ascendants (loi du 23 juil. 1942). || Conseil de famille (→ Autorisation, cit. 1; avis, cit. 23 et 25). || Allocations aux familles nombreuses, aux soutiens de famille. || Déductions, réductions d'impôts, pour charges de famille.
27 Le mari est le chef de la famille. Il exerce cette fonction dans l'intérêt commun du ménage et des enfants. La femme concourt avec le mari à assurer la direction morale et matérielle de la famille, à pourvoir à son entretien, à élever les enfants et à préparer leur établissement.
Ancien art. 213 du Code civil.
28 Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille. Ils pourvoient à l'éducation des enfants et assurent leur avenir.
Code civil, art. 213 (loi du 4 juin 1970).
29 Le Code ne paraît pas, au moins à lire ses rubriques, attacher une importance juridique à la famille, il ne semble présenter le mariage, la filiation, la tutelle que comme des rapports d'individu à individu. Ce n'est cependant là qu'une apparence. Nous savons que les auteurs du Code, promulguant leur œuvre à un moment où, après la tourmente révolutionnaire, la France était à nouveau éprise d'ordre et de discipline, ont voulu certainement, sans revenir aux conceptions aristocratiques de l'Ancien Régime, redonner une certaine force à la famille (…) Depuis la guerre de 1939, la famille est passée au premier plan des préoccupations du législateur français : de nouveaux textes fort importants ont été promulgués, notamment (…) sur le divorce (…) l'abandon de famille (…) les droits et devoirs entre époux (…) le certificat prénuptial (…) la légitimation (…) le droit de correction paternelle.
Julliot de la Morandière, Précis de droit civil, t. I, no 118.
———
II Fig.
1 (XIXe). (Avec un adj., un déterminatif).
a Ensemble d'êtres (ou de choses) ayant une origine commune, des caractères communs, présentant entre eux certaines analogies. || La grande famille humaine ( Humanité, société). || Les employés de cette société forment une véritable famille. || Une grande famille (le mot est connoté comme faisant partie du discours patronal et paternaliste).Famille d'esprit : ensemble de penseurs qui ont des caractères communs.Famille spirituelle : ensemble de personnes qui ont les mêmes opinions.Famille littéraire, artistique, politique. Catégorie, clan, communion, coterie, école (cit. 25).
30 Il me semble que les génies dramatiques, à les prendre dans leur ensemble et parmi les plus grands, peuvent assez bien se séparer en deux classes, en deux familles principales, qui offrent des traits et un procédé essentiellement différents.
Sainte-Beuve, Port-Royal, I, VII.
31 La vraie famille intellectuelle de Sainte-Beuve, si tant est que cet inadapté eut de son vivant une famille, était là.
A. Billy, Sainte-Beuve, sa vie et son temps, p. 244.
32 (…) l'histoire de ces jeunes gens qui ont voulu, comme beaucoup d'autres, quitter la famille du sang pour refaire une autre famille qui devait, dans leurs songeries, être celle de l'esprit.
G. Duhamel, le Temps de la recherche, p. 26.
33 De Jaspers à Heidegger, de Kierkegaard à Chestov, des phénoménologues à Scheler, sur le plan logique et sur le plan moral, toute une famille d'esprits parents par leur nostalgie, opposés par leurs méthodes ou leurs buts (…)
Camus, le Mythe de Sisyphe, p. 39.
b Ensemble (de choses concrètes ou abstraites apparentées). Classe, collection, espèce, genre.
34 A l'intérieur, les glaces et les armoires moulurées, les familles de bocaux, le haut comptoir derrière lequel s'abritent les manipulations (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XIX, p. 272.
35 (…) l'assurance, qui vient de faire les frais de notre entretien, appartient à cette famille d'inventions humaines qui tendent à l'amélioration de la vie individuelle et sociale.
G. Duhamel, Scènes de la vie future, XIII.
c Famille de langues : groupe de langues qui ont une origine commune. || Le français, l'italien, l'espagnol appartiennent à la famille des langues latines. || Famille de mots : groupe de mots provenant d'un même radical par la dérivation ou la composition.Famille étymologique (→ Étymologie, cit. 2 et 4). || Famille morphologique.
36 Tous les mots sont classés, dans notre esprit, en familles. Il faut bien distinguer ces familles réelles des familles historiques, que l'on trouve dans les dictionnaires étymologiques. On verra pêle-mêle, dans ces ouvrages : œuvre, opéra, opuscule, opérer, ouvrer, manœuvre, ouvrier, ouvroir, ouvrage, opération. Les enfants qui apprennent cette liste risquent de croire que les ouvriers travaillent dans des ouvroirs ou qu'ils font des ouvrages. En réalité, ces mots sont absolument séparés; un ouvrier, dans une usine, fait son travail; une jeune fille, dans un ouvroir, fait de la lingerie; un professeur, dans son cabinet, compose un ouvrage.
F. Brunot et Ch. Bruneau, Précis de grammaire historique, p. 156.
2 Sc. a (Sc. nat.). L'une des divisions employées dans la classification des végétaux et des animaux et qui groupe les genres (eux-mêmes groupés parfois en sous-familles ou tribus) ayant en commun certains traits généraux. || En zoologie, les familles sont indiquées par le suffixe -idés (canidés, bovidés); en botanique, par les suffixes -ées ou -acées (cactées, composées, rosacées). || Les citrus, végétaux d'un genre déterminé de la famille botanique des aurantiacées (→ Agrume, cit. 2).
37 Les espèces voisines sont réunies de façon à former un groupe plus élevé, le genre; de même plusieurs genres présentant des caractères communs forment une famille; les familles ayant quelque ressemblance constituent un ordre; de même les ordres se réunissent pour former une classe, et les classes pour former un embranchement.
P. Poiré, Dict. des sciences, art. Classification.
b Ensemble de corps chimiques ayant entre eux certaines analogies ou affinités. || Famille de sels.
3 Math. || Famille de courbes, de surfaces, etc. : ensemble de courbes, de surfaces, etc., qui dépendent d'un paramètre.Famille de vecteurs : ensemble constitué par un certain nombre de vecteurs.
DÉR. (Du lat. familia) V. Familial, familialisme, familiariser, familiarité, familier, et aussi familistère.
COMP. Sous-famille, superfamille.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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